Histoire de la chanson au Québec
La musique québécoise désigne toute expression musicale produite au Québec de la colonisation française à aujourd'hui. La plupart des courants musicaux répertoriés en occident y sont représentés et plusieurs artistes québécois sont reconnu sur la scène internationale. La musique du Québec se caractérise principalement par un fort penchant francophone et par sa musique traditionnelle.
Les origines musicales premières du Québec sont donc principalement attribuable à l'apport culturel des Français. Dès la première moitié du XVIIe siècle, on enseignait aux enfants des chants religieux et la maîtrise d'instruments européens. La chanson de tradition orale, qui formera les bases de la musique folklorique québécoise, est quant à elle apparue autour du milieu du XVIIe siècle et transmise de bouche à oreille. Les coureurs des bois chantaient même certaines chansons du folklore français issues de l'époque médiévale. Les échanges et la transmission de ce folklore, composé de milliers de chansons, a façonné ce qui constitue aujourd'hui un patrimoine commun entre Québécois et Français. Ce n'est que plus tard que d'autres cultures viendront se métisser à la société en devenir.
La Nouvelle-France
Les plus importantes sources d'information concernant les activités musicales en Nouvelle-France sont principalement issues des Relations des jésuites, un recueil des communications entre les jésuites du nouveau monde et la mère-patrie française. Les Récollets, qui ont été chassés par les Anglais en 1629, auront également contribué, dans une moindre mesure, à une partie du témoignage dans certains livres de chants en leur possession vers la fin du XVIIe siècle.
La musique jouée en Nouvelle-France durant le XVIIe siècle était surtout d'ordre religieux. Elle servait principalement la liturgie et la conversion des amérindiens au christianisme. Les Jésuites commençaient également à y enseigner la musique après avoir fondé le collège de Québec en 1626, parfois appelé le collège des Jésuites, puis le Séminaire de Québec en 1663. Ils y
Dès le début du siècle, des artistes populaires comme La Bolduc, Paul-Émile Corbeil, Eugène Daignault, Lionel Daunais, Conrad Gauthier, Ovila Légaré, Charles Marchand ainsi que le Quatuor Alouette ont prolongé l'esprit folklorique dans un contexte d'urbanisation et d'industrialisation tout en divertissant les francophones à une époque où les conditions d'existence étaient somme toute assez pénibles (1920-45).
Mme Bolduc et Lionel Daunais furent parmi les premiers à s'inspirer de la réalité québécoise. Tenant à la fois du folklore et de la chansonnette, l'art de Daunais imposa à la chanson de nouveaux traits empreints de finesse et d'optimisme. Dans son livre, La Chanson québécoise, Benoît L'Herbier rapporte les paroles du chanteur : « Je voulais faire des chansons canadiennes et non des chansons françaises. J'essayais de donner une couleur locale, en employant des mots ou des expressions d'ici, sans aller carrément dans le folklore cependant. Je me servais de la structure folklorique parce que je voulais donner un air québécois. » Par ailleurs, l'humour de La Bolduc, ses gigues et son turlutage contrastaient avec le sentimentalisme à outrance et les romans radiophoniques à l'eau de rose des années 1930. Alain Sylvain écrivait dans La Chanson française : « La Bolduc n'avait pas qu'un sens inné et sans doute inconscient de la fantaisie verbale. Elle nous étonne encore, après plusieurs auditions d'une même chanson, par des alignements de mots inattendus et les rapprochements les plus cocasses, qui feraient sans doute la joie d'un Jacques Prévert, par exemple, si évidemment, l'auteur de "Paroles" connaissait ses disques. »
À Montréal, les Veillées du bon vieux temps au Monument national (1921-41) permirent au folklore et à la chanson populaire de de gagner la ville, alors que la chanson française et américaine dominait à la radio et au cabaret depuis 1930 : Fernand Perron (Le Merle rouge) était l'émule de Tino Rossi, et Jean Sablon, celui de Bing Crosby. Voulant s'universaliser, les artistes québécois interprétaient des chansons populaires à la mode parisienne ou new-yorkaise.
La télévision vint modifier l'échiquier artistique au début des années 1950 en faisant connaître de nouveaux auteurs, compositeurs et interprètes. Dans les cabarets Au Faisan doré et Au Saint-Germain-des-Prés dont il était l'animateur, Jacques Normand favorisa pour sa part l'émergence d'Aglaé, de Clémence Desrochers, de Serge Deyglun, de Raymond Lévesque et de Monique Leyrac. Entre les boîtes de Montmartre et le music-hall, le Faisan doré réunissait un public différent de celui des cabarets traditionnels. À la radio, on fit des émissions sur la chanson dite canadienne, notamment « Baptiste et Marianne » avec Guy Mauffette (1951). Le « Concours de la chanson canadienne » de la SRC organisé en 1956 donna une première chance à ceux qu'on allait bientôt appeler les chansonniers.
La chanson québécoise est née de la fusion du folklore, de la poésie québécoise et de l'influence des auteurs-compositeurs français (Brassens, Brel, Ferré) dont la synthèse fut réalisée par les chansonniers. Plusieurs chansonniers publièrent d'abord des recueuils de poésies (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Georges Dor). En 1959, on entendait déjà Aglaé, Hélène Baillargeon, Jacques Blanchet, Lionel Daunais, Jacques Labrecque, Ovila Légaré, Raymond Lévesque, Monique Leyrac, Pierre Pétel et le plus illustre, Félix Leclerc. Grâce à lui, la chanson québécoise toute nouvelle allait devenir la voie naturelle de l'identité collective des Québécois et le premier ambassadeur d'une société en profonde mutation. Les Bozos comptèrent parmi les premiers chansonniers : le lyrisme de Jean-Pierre Ferland, la recherche musicale de Claude Léveillée, la poésie inspirée de la langue populaire et la verve de Clémence Desrochers illustraient déjà les forces vives d'un nouveau mouvement culturel. Les boîtes à chansons se multiplièrent à partir de 1960, en même temps que la « Révolution tranquille », vaste mouvement d'émancipation économique et culturel, gagnait tout le Québec. Parallèlement, plusieurs vedettes de la chanson populaire, comme Michel Louvain, Joël Denis, Fernand Gignac, Pierre Lalonde, Donald Lautrec, Margot Lefebvre, Ginette Ravel, Ginette Reno, Michèle Richard, Ginette Sage et Pierre Sénécal, connaissaient d'importants succès.
L'émergence de nouveaux rythmes vint bousculer la jeune chanson québécoise, en même temps que les Beatles, qui se produisirent à Montréal en 1964, annonçaient la révolution qui allait secouer la musique populaire internationale. Le Québec connut aussi, comme bien d'autres, sa vogue d'ensembles musicaux et vocaux, période éphémère en raison de la pénurie de compositeurs au sein de ces groupes, qui compensaient parfois leur manque d'originalité par des déguisements hétéroclites (Les Gants blancs, les Classels, César et ses Romains, les Sultans, etc.). L'explosion débridée de la musique américaine, en particulier en Californie, n'échappa pas à Robert Charlebois. Son spectacle L'Osstidcho (1968), auquel participèrent Louise Forestier et Yvon Deschamps, précipita la fin d'une époque et le début d'une autre. Pour la première fois des compositions originales, des textes poétiques francophones (de Péloquin, Ducharme, Charlebois), souvent trufflés d'expressions locales, étaient scandés sur des rythmes rock d'inspiration profondément américaine. Le rock francophone était né.
En même temps que se répandaient les rythmes californiens et britanniques, plusieurs auteurs-compositeurs s'en inspiraient pour métamorphoser le folklore québécois. Les Séguin, Jim (Corcoran) et Bertrand (Gosselin), Jocelyn Bérubé, Breton-Cyr, Louise Forestier et Garolou tentèrent de renouveler la musique traditionnelle québécoise. Tout un mouvement folk s'amorça autour de Jim et Bertrand, François Guy, Plume Latraverse, Paul Piché, Fabienne Thibeault, Guy Trépanier et Gilles Valiquette.
La chanson québécoise mélangeait alors les musiques électronique et traditionnelle. Plusieurs faisaient du rock léger sur des textes simples en langue populaire. Leurs chansons spontanées, anecdotiques, urbaines, à la façon de Beau Dommage, rappellent la simplicité et la fraicheur des premiers chansonniers, et même de Félix Leclerc, tout comme Jean Lapointe s'en rapprochera un peu plus tard par son lyrisme. Toute une génération sortie des collèges, parmi laquell
Georges-Hébert Germain parlait ainsi des groupes pop dans La Presse (19 mars 1975) : « Leur musique est en train de transformer radicalement et fondamentalement toute la musique populaire, car elle intéresse justement les musiciens et les chansonniers eux-mêmes, de la même façon que la science pure intéresse les sciences appliquées. » S'exprimant différemment selon une philosophie bien distincte, les groupes Aut'Chose, Harmonium, Héritage, Maneige, Octobre et Offenbach poursuivirent, à l'instar d'un bon nombre de groupes anglais et américains, une recherche originale sur le langage, le rythme, les timbres et les sonorités, tout en intégrant divers genres de musique existants à leur style particulier. En même temps, la chanson québécoise ne s'intéressait plus qu'à la seule cause nationale; porte-parole des mouvements contre-culturels, elle se faisait aussi, avec Pauline Julien, Marie-Claire Séguin et d'autres, le reflet du mouvement d'émancipation des femmes qui balayait la société toute entière. À la fin des années 1970, Diane Dufresne, avec son style éclaté et provocateur, traça le chemin pour toutes celles qui voulaient chanter du rock hors des sentiers battus : Marjo, Marie Carmen, Jo Bocan, etc. Dès 1965, Stéphane Venne faisait remarquer dans Liberté : « On a mis sur le dos de la chanson d'ici une charge lourde comme le monde. Celle d'être pour les Québécois ce que le jazz est pour les Noirs d'Amérique, l'opéra pour les Italiens, et quoi encore. Un pivot de culture ici : un passeport pour tous les pays du monde. » Au début des années 1980, après la défaite du « oui » au référendum de 1980 sur l'avenir constitutionnel, en pleine crise économique, inondée par la nouvelle production américaine, la chanson québécoise traversa une période de disette.
Avec le développement d'un véritable réseau de spectacles francophones (Festival de La Rochelle, Francofolies, TV5, etc.) qui a amené aussi les vedettes françaises, belges ou africaines à Montréal, Daniel Lavoie, Roch Voisine et des productions comme l'opéra rock Starmania ont donné au Québec ses premiers véritables grands succès populaires en France, où ils ne sont plus appréciés que pour leur exotisme mais participent de plein pied à la scène française. De nombreux artistes y font carrière : Diane Tell, Robert Charlebois, Fabienne Thibeault, etc. Les artistes québécois peuvent dorénavant s'appuyer sur une industrie qui, bien que vulnérable, compte des maisons de production importantes et diverses associations professionnelles.
« Nous sommes intéressants, expliquait Gilles Vigneault, à titre de symbole du cri de liberté poussé par l'Amérique, et, dans le sens exactement contraire, par les peuples qu'elle opprime » (Propos de Gilles Vigneault de Marc Gagné, Montréal 1974).